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Nous sommes maintenant passés au Sud de la convergence Antarctique et la température a bien baissé. Même de loin, nous suivons un peu ce qui se passe en Bretagne. Nous n'avons cependant pas d'accès a internet et toutes nos informations nous parviennent par mail, qui devient donc un moyen de communication essentiel. Nous devrions arriver a DDU (base Dumont d'Urville) dans environ 3 jours si la glace le permet.

 

Question de la classe de Terminale S de Landivisiau et des collégiens de Lanmeur

Quel est le but de votre mission ?
Les recherches que nous avons proposées s’intéressent à l’effet de la température sur des vers trouvés en Antarctique. Nous travaillons aussi dans d’autres climats et voulons comparer la réponse des animaux à une augmentation de température. Les vers sont pratiques car ils sont abondants, ils ne régulent pas leur température interne et on trouve des espèces proches vivant dans des milieux très différents.
Il faut savoir que la température est un facteur clé de la distribution des espèces sur notre planète. Vous savez qu’on ne trouve pas naturellement des espèces tropicales sous nos latitudes (par exemple, les girafes ne se trouvent qu’en Afrique). Il en est de même pour les animaux marins. En Antarctique, les animaux vivent depuis des millions d’années à une température très basse (-1.8°C) et très stable. On s’attend donc à ce qu’ils soient très sensibles à une augmentation, même faible, de la température. C’est ce que nous allons
tester. Vous savez tous que le climat terrestre tend à se réchauffer. Ce réchauffement est particulièrement marqué aux pôles. En Antarctique, la Péninsule on a déjà enregistré une augmentation de 1°C de l’eau de mer. Du coté de Dumont d’Urville, on n’a pour le moment pas eu d’augmentation notable de la température. En travaillant dans cette zone, on aura donc accès à des populations pas encore affectées par le changement de température.

Pour aller un peu plus loin…
Cette année, nous allons surtout récolter des animaux, les identifier et les congeler en matériel de référence pour en extraire de l’ADN une fois de retour au laboratoire à Roscoff. L’ADN, comme vous le savez, est le lieu de stockage de l’information génétique et nous séquencerons différents gènes qui nous intéressent pour au moins une cinquantaine d’individus de chaque espèce. Ce qui nous intéresse, c’est le polymorphisme, c’est à dire des petites modifications de la séquence entre différents individus qui contribue à la variabilité d’une espèce (pensez, par exemple, à la couleur des cheveux, des yeux, etc… chez l’homme). La théorie moderne de l’évolution prédit que dans un milieu extrêmement stable en température comme l’Antarctique, il devrait y avoir une diminution du polymorphisme qui confère une adaptabilité aux variations de température. C’est ce que nous allons rechercher dans nos espèces d’intérêt.


Trois questions de la classe de Terminale S de Landivisiau

Êtes vous nombreux sur l’Astrolabe ? Y-a-t-il d’autres chercheurs ?
L'Astrolabe est un bateau de 60 m de long environ. Il y a 12 hommes d’équipage, en plus des 24 scientifiques et autres passagers. L’équipage comprend du personnel pour les cuisines, la passerelle d’où le bateau est piloté, les machines, et le pont. Parmi les 24 passagers, il y a deux journalistes qui feront un reportage sur la base, deux personnes de l’institut polaire, et des scientifiques (allant de l’observation des cétacés à l’étude des
micrométéorites, de la glace, et des espèces marines). D ‘autres scientifiques sont déjà sur la base. Une personne s’occupera d’un instrument particulier, le lidar, et passera tout l’hiver en Antarctique pour ça (en tout 13 mois de séjour).

Pouvez-vous commencer votre travail à bord du bateau ?
Pendant la traversée, nous ne pouvons pas encore commencer notre travail. Il nous faut en effet des récoltes d’animaux qui se font avec un petit chalut à perche. La mise en œuvre nécessite l’accès à des fonds de moins de 1000 mètres et le travail sur le plancton (pour certains scientifiques) ne se fait qu’à proximité de la glace. Donc, nous prenons notre mal en patience et attendons notre arrivée sur les glaces. La priorité est quand même le ravitaillement de la base qui devra passer l’hiver sur ce ravitaillement. De toute façon, notre matériel n’est pas accessible sans au préalable décharger le matériel de la base.
En raison de tous nos retards, il semble que nous n’aurons pas de récoltes à partir de l’Astrolabe mais notre programme prévoyait aussi beaucoup de travail à proximité de la base, à partir d’une plate. Pour le moment, les alentours de la base sont encore pris dans la glace mais tout peut changer rapidement.

Travaillerez vous en collaboration avec d’autres chercheurs sur la base ?
Je suis parti avec mon collègue Didier Jollivet de Roscoff et nous travaillerons tout le temps ensemble. Il y a aussi plusieurs biologistes marins s’intéressant aux animaux benthiques à bord et notre programme de recherche est prévu en collaboration avec eux. L’idée est de partager les échantillons et de discuter de nos travaux.

 

 

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